
GUIDE D'ACHAT DES CHAUSSURES DE PROTECTION CONFORMES À LA NORME EN 20346
Les agriculteurs sont exposés à de nombreux risques liés à leur environnement de travail : sols glissants ou boueux, humidité, chocs, écrasement, outils ou objets lourds, perforation et projections diverses. Le choix de chaussures de protection adaptées est donc essentiel pour travailler dans de bonnes conditions de sécurité. La norme EN ISO 20346, révisée en 2021, définit les exigences applicables aux chaussures de protection destinées à un usage professionnel.

La norme EN ISO 20346:2021 spécifie les exigences fondamentales et optionnelles applicables aux chaussures de protection professionnelles. Elle prend notamment en compte les risques d'impact, d'écrasement, de glissement ainsi que certaines contraintes thermiques ou environnementales. Contrairement à la norme EN ISO 20345, qui concerne les chaussures de sécurité dotées d'un embout résistant à un choc de 200 joules, la norme EN ISO 20346 concerne des chaussures équipées d'un embout de protection résistant à un choc de 100 joules.
Ce guide vous aide à comprendre les principaux marquages de la norme EN ISO 20346 et à choisir des chaussures adaptées aux différentes activités agricoles. Élevage, viticulture, maraîchage, grandes cultures, travaux en atelier ou interventions en extérieur : le niveau de protection doit être choisi en fonction des risques réellement rencontrés sur l'exploitation.
Les différentes normes pour les chaussures EN ISO 20345, 20346 et 20347
Trois grandes normes permettent de distinguer les chaussures professionnelles selon leur niveau de protection : chaussures de travail, chaussures de protection et chaussures de sécurité.
- Chaussure de sécurité : EN ISO 20345. Cette norme concerne les chaussures dotées d'un embout de protection capable de résister à un choc de 200 joules et à un écrasement de 15 kN. Elle est déclinée en plusieurs catégories, de S1 à S7, selon les protections additionnelles.
- Chaussure de protection : EN ISO 20346. Cette norme concerne des chaussures proches des chaussures de sécurité, mais dont l'embout de protection résiste à un choc de 100 joules. Elles conviennent aux travaux pour lesquels le risque d'impact ou d'écrasement est présent mais moins important.
- Chaussure de travail : EN ISO 20347. Cette norme concerne les chaussures professionnelles ne disposant pas d'un embout de protection contre les chocs. Elles peuvent toutefois intégrer différentes caractéristiques telles que l'absorption d'énergie au talon, la résistance au glissement ou la résistance aux hydrocarbures.
Les catégories de protection de la norme EN ISO 20346 : P comme Protection
Toutes les chaussures certifiées EN ISO 20346 disposent d'un embout de protection capable de résister à un choc de 100 joules et à un écrasement de 10 kN. La norme prend également en compte l'innocuité des matériaux, le confort, la solidité et la résistance de la semelle au glissement. Les chaussures sont ensuite classées selon différentes catégories, de PB à P7, auxquelles peuvent s'ajouter des protections complémentaires.
La classe I : chaussures en cuir, textile ou matières similaires
- PB : Embout de protection 100 joules, innocuité, confort, solidité et exigences de base concernant la semelle et le glissement.
- P1 : Ajoute notamment une propriété antistatique (A) et une absorption d'énergie au talon (E), adaptées à de nombreux travaux agricoles sur sols secs.
- P1P : Ajoute une protection contre la perforation, utile lorsque le sol peut présenter des clous, morceaux de métal ou autres objets pointus.
- P1PL / P1PS : Versions de P1 avec insert anti-perforation non métallique. PL et PS correspondent à des niveaux d'essai différents selon le diamètre de la pointe utilisée.
- P2 : Ajoute une résistance de la tige à la pénétration et à l'absorption d'eau (WPA). Cette catégorie est particulièrement adaptée aux travaux agricoles en environnement humide.
- P3 : Combine les caractéristiques de P2 avec une protection contre la perforation, adaptée aux sols humides présentant également un risque d'objets pointus.
- P3L / P3S : Versions de P3 avec insert anti-perforation non métallique de type PL ou PS.
La classe II : bottes moulées en caoutchouc ou en matériaux polymères
- P4 : Niveau de protection adapté aux bottes étanches utilisées dans les environnements agricoles très humides, comme les stabulations, salles de traite, zones de lavage ou travaux sur terrains détrempés.
- P5 : Reprend les caractéristiques de P4 avec une protection supplémentaire contre la perforation, utile lorsque le sol comporte des risques mécaniques.
Les catégories P6 et P7 renforcent la protection contre la pénétration de l'eau et conviennent aux professionnels travaillant durablement en extérieur ou dans des environnements très humides.
- P6 : Niveau comparable à P2 avec une imperméabilité globale renforcée de la chaussure (WR).
- P7 : Associe les caractéristiques de P3 à une imperméabilité renforcée (WR).
- P7L / P7S : Versions de P7 avec protection anti-perforation non métallique PL ou PS.
La résistance au glissement : marquage SR
Les sols agricoles peuvent rapidement devenir glissants en présence d'eau, de boue, de lait, de graisse, d'huile ou de matières organiques. La résistance au glissement constitue donc un critère important dans le choix d'une chaussure professionnelle. Les exigences de base concernant l'adhérence sont intégrées à la norme, tandis que le marquage complémentaire SR (Slip Resistance) indique une performance renforcée lors d'essais spécifiques de glissement.

Pour améliorer l'adhérence, les semelles peuvent être conçues avec des reliefs et crampons spécifiques favorisant l'évacuation de l'eau, de la boue et des salissures. Le choix du dessin de semelle doit être adapté à l'environnement de travail : bâtiments d'élevage, atelier, cour de ferme, champs, vignes, serres ou sols industriels.
Dans les anciennes versions de la norme, les marquages SRA, SRB et SRC distinguaient plusieurs niveaux de tests de glissement :
- SRA : test effectué sur un sol carrelé recouvert d'une solution détergente.
- SRB : test réalisé sur une surface en acier avec un produit lubrifiant.
- SRC : combinaison des exigences SRA et SRB.
Dans la norme EN ISO 20346:2021, le marquage SR remplace cette ancienne classification pour identifier une exigence additionnelle de résistance au glissement.
Pour les agriculteurs, une semelle offrant une bonne adhérence est particulièrement recommandée dans les stabulations, salles de traite, ateliers, locaux de transformation, cours d'exploitation et terrains humides ou boueux.
L'imperméabilité : marquages WPA & WR
En agriculture, l'exposition à l'humidité peut être quotidienne : travail sous la pluie, lavage des installations, boue, herbe humide, nettoyage des bâtiments d'élevage ou interventions dans les cultures. Le niveau de protection contre l'eau doit donc être adapté à l'intensité et à la durée d'exposition.

Le sigle WPA (Water Penetration & Absorption) concerne la résistance de la tige à la pénétration et à l'absorption de l'eau. Cette caractéristique est particulièrement utile pour les agriculteurs travaillant régulièrement en extérieur ou dans des environnements humides.
Les chaussures répondant à cette exigence utilisent des matériaux et des constructions destinés à limiter la pénétration et l'absorption de l'eau par la tige. Elles conviennent notamment aux travaux dans l'herbe humide, sous une pluie modérée ou sur des sols momentanément mouillés.
Le marquage WPA ne signifie toutefois pas que l'ensemble de la chaussure est totalement imperméable. Pour des expositions prolongées ou des environnements beaucoup plus humides, le marquage WR est plus approprié.

Le sigle WR (Water Resistant) concerne la résistance à l'eau de l'ensemble de la chaussure. Il offre un niveau de protection supérieur pour les travaux effectués durablement sous la pluie, sur des sols détrempés ou dans des environnements soumis à des lavages fréquents.
Les chaussures marquées WR font l'objet d'essais spécifiques destinés à vérifier la limitation des infiltrations d'eau à l'intérieur de la chaussure. Selon leur conception, elles peuvent utiliser une membrane imperméable, des assemblages étanches ou une construction spécifique permettant de maintenir le pied au sec.
Les chaussures WR sont particulièrement intéressantes pour les éleveurs, maraîchers, viticulteurs, arboriculteurs et plus largement pour les professionnels amenés à travailler longtemps en extérieur dans des conditions humides.
Les autres risques à prendre en compte
Dans une exploitation agricole, les pieds peuvent être exposés à différents risques mécaniques ou environnementaux : choc, écrasement, perforation, coupure, froid, chaleur, hydrocarbures ou glissade. Des protections complémentaires peuvent donc être ajoutées aux exigences principales de la chaussure. Elles sont identifiées par des symboles normatifs spécifiques.

- A : Propriétés antistatiques.
- AN : Protection des malléoles contre les chocs latéraux.
- C : Chaussures partiellement conductrices.
- CI : Isolation de la semelle contre le froid.
- CR : Résistance à la coupure.
- E : Absorption d'énergie au niveau du talon, contribuant à limiter les chocs lors de la marche.
- EH : Protection contre certains risques électriques, selon les exigences applicables.
- ESD : Dissipation des charges électrostatiques selon la norme correspondante.
- FO : Résistance de la semelle aux hydrocarbures.
- HI : Isolation de la semelle contre la chaleur.
- HRO : Résistance de la semelle à la chaleur de contact.
- I : Chaussures isolantes électriques selon la norme correspondante.
- LG : Adhérence adaptée à l'utilisation sur échelle.
- M : Protection du métatarse contre les chocs.
- PL : Résistance à la perforation avec insert non métallique, testé avec une pointe de 4,5 mm.
- PS : Résistance à la perforation avec insert non métallique, testé avec une pointe de 3 mm.
- SC : Résistance à l'abrasion du renfort de protection situé à l'avant de la chaussure.
- WG : Protection contre certaines projections de métal fondu selon la norme EN ISO 20349.
Comment choisir ses chaussures de protection pour les travaux agricoles ?
Pour les chaussures et bottes en cuir, textile ou matériaux similaires :
- P1 : Pour les travaux en environnement sec sur un sol sans risque particulier. P1P / P1PL / P1PS : à privilégier lorsque des objets pointus ou coupants peuvent être présents au sol.
- P2 : Adapté aux environnements humides et aux travaux extérieurs occasionnellement exposés à l'eau. P3 / P3L / P3S : à privilégier lorsque l'humidité est associée à un risque de perforation.
- P6 : Adapté aux travaux prolongés dans des environnements très humides lorsque le risque de perforation reste limité.
- P7 / P7L / P7S : Adapté aux environnements très humides associés à des risques mécaniques au niveau du sol.
Pour les bottes moulées en caoutchouc ou en matières polymères étanches :
- P4 : Convient aux environnements très humides sans risque particulier de perforation. Cette catégorie est bien adaptée aux travaux d'élevage, de nettoyage ou aux interventions sur terrains boueux.
- P5 : Adapté aux environnements très humides avec risque de perforation par des objets pointus présents au sol.
Pour une exploitation agricole, plusieurs critères doivent être examinés avant de choisir une paire de chaussures ou de bottes :

- Bottes en matières étanches P4 ou P5 : particulièrement adaptées aux élevages, salles de traite, travaux de nettoyage, zones boueuses et environnements durablement humides.
- Chaussures P3 ou P7 avec protection contre l'eau : recommandées pour les travaux extérieurs associant humidité, déplacements prolongés et risques mécaniques au niveau du sol.
- Semelles avec marquage SR : à privilégier dans les stabulations, ateliers, locaux de transformation et autres zones où les sols peuvent être mouillés ou glissants.
- Protection contre la perforation PL ou PS : utile dans les ateliers, hangars, chantiers agricoles et zones où des pointes, morceaux de métal ou autres objets perforants peuvent être présents.
- Marquage FO : intéressant pour les travaux mécaniques et les interventions à proximité des engins, carburants, huiles ou lubrifiants.
- Isolation CI : à privilégier pour le travail prolongé par temps froid ou sur des sols froids.
- Protection additionnelle : WPA, WR, FO, CI, HRO, AN ou autres marquages doivent être choisis en fonction du métier, de la saison et des risques rencontrés sur l'exploitation.